Comment courir avec un chien aveugle ?

Aujourd’hui, j’ai envie de te partager une histoire qui me touche droit au cœur. C’est l’histoire de ma belle Mystik, une chienne qui a vu son monde s’éteindre, mais qui n’a jamais laissé l’obscurité éteindre sa passion pour la course.

Si tu te demandes si c’est possible de continuer les sports canins attelés avec un chien handicapé, ou comment adapter ton approche, cet article est pour toi.

Alors, voici l’histoire de Mystik, une petite Alaskan, qui a perdu la vue à 3 ans, mais qui n’a pas perdu l’envie de courir !

Quand tout bascule : le diagnostic

Mystik a eu le droit à deux belles années… deux années en pleine santé où on dévorait les sentiers ensemble. C’était le bonheur total, jusqu’à ce que tout bascule.

À l’âge de 2 ans, en 2023, le verdict est tombé : Mystik s’est fait diagnostiquer des glaucomes dans ses deux yeux. À partir de là, notre quotidien a changé. Le traitement consistait à lui mettre trois gouttes différentes quotidiennement dans les yeux pour essayer de contrôler cette pression qui refusait de descendre. Elle prenait aussi des anti-douleurs matin et soir. Pour te donner une idée, sa pression oculaire était à 55 (la normale est autour de 20). La spécialiste nous disait qu’elle vivait avec une migraine constante. Imagine vivre avec une migraine atroce 24h/24…

On a tout essayé pour sauver ses yeux pendant un an. Un an de suivis, un an de traitements intenses, mais surtout un an de douleur pour elle. À un moment donné, en tant que maman qui l’aime plus que tout, je n’étais plus capable de la voir souffrir.

Le grand saut : la double énucléation

La décision a été prise : la prochaine étape était la double énucléation. C’est une chirurgie qui fait peur, mais c’était la seule façon de lui redonner une qualité de vie sans douleur. Mystik s’est donc fait opérer à l’âge de 3 ans, à l’automne 2024.

La chirurgie a bien été, ouff! Et le plus incroyable dans tout ça ? À peine deux semaines après son opération, avec l’accord du vétérinaire, elle était déjà de retour en course ! Mystik ne voulait pas rester sur le sofa à rien faire, elle voulait bouger..et courir!

Elle a participé à la course SCFN en bikejoring deux chiens, attelée en double avec Maple. Évidemment, j’étais prudente : je gardais toujours ma main sur le frein parce qu’elle n’allait pas aussi vite qu’avant. Mais elle était là, devant le vélo, se collant contre Maple pour sentir la piste et suivre le mouvement. Après cette course, j’ai compris à quel point elle était courageuse. Elle pouvait avoir une vie normale… et surtout une vie active, exactement comme avant !

Course de bikejoring avec deux chiens attelés sur un sentier forestier.
Course DÉFI SCFN 2024 – Bikejoring 2 chiens Maple/Mystik – 2 km.

L’entraînement : repartir à zéro

C’est là que le vrai travail a commencé ! Je ne voulais pas que Mystik dépende toujours de Maple ou d’un autre chien pour courir. Je voulais qu’elle retrouve son autonomie et sa confiance en elle.

Mais je ne te mentirai pas : ce n’était pas facile. Il fallait littéralement repartir de zéro.

Au début, je me disais : « Oh, ça va être facile, elle va juste suivre l’autre chien en étant attelée en double ». Meh ! … Non ! Pas du tout. Un chien aveugle est beaucoup plus sensible à son environnement et aux sensations physiques. Dès que Maple allait un peu trop vite et qu’il tirait un peu sur la ligne de cou, Mystik paniquait. Elle se mettait à freiner des quatre pattes, le harnais lui remontait par-dessus la tête… bref, ce n’était pas positif. Ça la stressait plus que tout et elle n’avait aucun plaisir.

J’ai essayé de retirer la ligne de cou, mais c’était encore plus dangereux. Mystik partait à l’opposé, à droite, à gauche, ne suivait plus l’allure… c’était un vrai cirque !

Alors, on a changé de stratégie : on allait essayer toute seule. J’ai demandé à mon copain d’aller en avant et de faire « la carotte », un peu comme quand on entraîne un tout jeune chiot. Il partait à courir devant moi en appelant Mystik, en s’assurant de ne pas aller trop vite pour qu’elle puisse bien l’entendre et le suivre au son.

Et là, miracle ! Ça fonctionnait. Comme Mystik connaissait déjà bien ses commandes et le fameux décompte « 3, 2, 1, GO ! », elle s’élançait avec enthousiasme. Est-ce qu’on allait aussi vite qu’avant ? Non. Est-ce que c’était important ? Absolument pas. L’important, c’est que Mystik gambadait en avant de moi ! Elle osait s’élancer seule dans le vide, guidée uniquement par ma voix et le bruit de mes pas.

Le défi de la ligne droite

Il restait toutefois un gros morceau à travailler : la ligne droite. Parce que même si elle court avec cœur, elle ne voit rien. Elle ne sait pas où elle s’en va, ce qui l’amenait à courir littéralement en zigzag de gauche à droite… Oups !

C’est l’hiver qui nous a apporté la solution. On a réalisé que c’était beaucoup plus facile pour elle dans la neige. Elle arrivait à se guider grâce à la texture du sol : elle suivait le chemin damé. Dès qu’elle sentait que la neige devenait plus molle ou moins compacte sous ses pattes, elle comprenait qu’elle sortait de la piste et revenait d’elle-même vers le centre. On était tellement fiers d’elle ! On a donc décidé de passer au niveau supérieur : le skijoring.



Un chien pratiquant le skijoring sur une piste de neige damée en forêt.

Comme pour la course à pied, l’attelage en double ne fonctionnait pas. Mystik détestait se faire bousculer ou tirer par un chien plus rapide. Le moindre petit détail imprévu la déstabilisait et elle s’arrêtait net. On a donc repris la technique de la carotte : mon copain skiait devant en l’appelant, et moi je le suivais avec elle. Elle y a pris goût super rapidement ! Comme je glissais sur mes skis, elle n’avait pas besoin de fournir un effort de traction immense, elle pouvait juste se concentrer sur sa course.

Le choix de l’équipement : l’importance du toucher

C’est ici qu’on a frappé un nouveau mur : l’équipement.

Comment bien équiper un chien aveugle qui ne tire pas de façon constante ?

Comme Mystik ne tire pas comme un chien de performance, le harnais de traction classique ne se plaçait pas bien sur son dos. Sans tension constante, le harnais devenait « lousse ». Et il ne faut pas oublier qu’un chien qui perd un sens devient hypersensible des autres, notamment du toucher. Le harnais de traction qui bougeait sur son dos la gênait énormément.

Dès qu’elle sentait le harnais se détendre, elle ne comprenait plus ce qui se passait et ralentissait par réflexe. Ce qui, tu t’en doutes, empirait le problème : le harnais devenait encore plus lousse, remontait à la moitié de son dos, et là, elle arrêtait complètement.

C’est là qu’on a fait le changement qui a tout changé : on a choisi le harnais hybride.

Mystik assise avec son harnais rouge alors qu'elle se fait flatter.

Grâce à sa conception, le harnais hybride reste bien en place même si la ligne bungee n’est pas tendue à 100%. Enfin, on avait notre combinaison gagnante ! On a pu s’entraîner sérieusement en skijoring, puis en canicross dès le retour du printemps.

Le retour aux courses officielles

Le défi ultime, c’était le retour en compétition. On parle ici des courses officielles du circuit MACQ : beaucoup de chiens, des spectateurs, de l’ambiance, du bruit… un énorme stress pour un petit chien aveugle ! Chaque départ est une nouvelle aventure.

Par exemple, s’il y a une ligne surélevée ou un obstacle au sol au départ, Mystik doit passer par-dessus. Comme elle ne voit pas l’obstacle, elle s’arrête pour tâter le terrain, marche lentement pour franchir la difficulté, puis décolle. J’ai appris à accepter ça dès la première course. On ne court pas pour le chrono, on court pour le plaisir d’être ensemble.

Les départs en vagues individuelles sont aussi plus stressants pour elle, car elle ne peut pas se fier à l’énergie d’un autre duo pour se mettre en confiance. Par contre, les départs par vagues de deux ou trois sont géniaux : je laisse partir les autres un peu devant, et Mystik s’élance avec joie en suivant le son de leur départ !

Pendant le parcours, je dois être ses yeux. Je fais ultra attention aux dépassements. Comme elle zigzag un peu, elle ne se tasse pas d’elle-même quand un coureur arrive derrière nous. Je raccourcis ma ligne bungee pour la garder près de moi. Au début, elle faisait des bonds de peur à chaque fois qu’on nous dépassait. Mais avec le temps, elle s’est habituée et elle reste maintenant très calme.

Une communauté incroyable

À l’automne 2025, on a complété 5 courses de 2 à 3 km. Lors du championnat provincial, la dernière course de la saison, on a terminé dernières… mais l’accueil a été magique. Plus d’une dizaine de personnes criaient le nom de Mystik à la ligne d’arrivée pour l’encourager à finir en force. J’en avais les larmes aux yeux.

Cet hiver, au Domaine Sarcelle et ses Gazelles, Mystik a même reçu une mention honorifique pour son courage et sa détermination. C’est ça, la beauté de la communauté des sports canins : l’inclusion et l’amour des chiens, peu importe leurs défis.

Mystik entourée par la communauté lors d'un événement de sports canins.
Course des Malécites 2026 au Domaine Sarcelle et ses Gazelles

Si tu as un chien avec un handicap, ne baisse pas les bras. Avec de la patience, le bon équipement et beaucoup d’amour, tout est possible.

Mystik nous le prouve à chaque foulée. 🐾

Bonne course à toi et ton poilu !

Marie-Laurence – Dog mom assumée 🐾

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